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Brahim Ghali coûtera-t-elle son poste à Arancha González Laya ?

maarifpress- jeune afrique-10 juin 2021

Par Nina Kozlowski – à Casablanca

Une semaine après le rapatriement de Brahim Ghali à Alger, de nouvelles révélations sur les coulisses de cette opération ont été dévoilées. Quant à la ministre espagnole des Affaires étrangères, elle semble de plus en plus en difficulté.
Après cinquante-quatre jours d’hospitalisation à Logroño, en Espagne, le chef du Polisario Brahim Ghali a quitté l’Espagne pour l’Algérie le 2 juin. Un départ rendu possible par le juge d’instruction Santiago Pedraz, suite à plusieurs heures d’audition par visioconférence, qui a décidé de ne pas prendre de mesures conservatoires à l’encontre du président de la RASD, visé par deux plaintes pour « tortures » et « génocides ».
Si le Maroc s’est abstenu de commenter officiellement cette nouvelle péripétie dans la crise entre les deux pays, le journal de droite El Espanol assure qu’en coulisses Rabat a qualifié ce départ de « ridicule ». Le département du MAE s’est contenté de publier un communiqué à destination de l’opinion publique espagnole, le 31 mai, pour expliquer, en substance, que la crise maroco-espagnole dépassait le cas Ghali et concernait la position de Madrid sur le Sahara.

Tractations en coulisses
La nuit même de l’envol de Brahim Ghali pour l’Algérie, le roi Mohammed VI aurait présidé un conseil de crise au Palais de Fès avec son conseiller Fouad Ali El Himma et le patron du renseignement extérieur Yassine Mansouri. Les autorités marocaines auraient alors envisagé la prise de mesures drastiques, notamment « une invitation à l’ambassadeur d’Espagne, Ricardo Díez-Hochleitner Rodriguez, à quitter le pays ».
Une semaine plus tard, il n’en est toujours rien. Mais le chef de la diplomatie, Nasser Bourita, a profité d’une conférence de presse le 9 juin à l’occasion de la signature d’une dizaine de conventions avec la Hongrie, pour répondre à certaines questions sur le sujet. Le ministre a réaffirmé que « la crise avec l’Espagne n’a pas commencé avec l’arrivée de Brahim Ghali, et ne s’arrêtera pas après son départ », avant d’ajouter que « la résolution de cette crise était du seul ressort de l’Espagne ».
Surtout, Nasser Bourita a dénoncé les tentatives de l’Espagne « d’européaniser » la crise. Entre-temps, le site d’information espagnol Okdiario, est revenu sur les dessous du départ de Brahim Ghali. Juste avant sa comparution, la diplomatie marocaine, consciente du départ à venir de Brahim Ghali, aurait demandé au gouvernement espagnol de gérer le transfert du chef de la RASD de façon « transparente ».
Rabat s’est d’ailleurs catégoriquement opposé à ce que Ghali quitte l’Espagne à bord d’un avion gouvernemental algérien, et insisté pour qu’il quitte l’Espagne comme n’importe quel étranger. Après deux heures de négociation, l’Espagne et l’Algérie ont proposé d’envoyer un avion médicalisé civil, une mission confiée à Airlec, une compagnie française d’aviation d’affaires. De son côté, Nasser Bourita dément tout contact diplomatique avec Madrid depuis le déclenchement de la crise, contrairement à son homologue espagnole, Arancha González Laya.

Dans la tourmente
Une ministre espagnole dont la popularité est en chute libre dans son pays. Selon une enquête d’opinion réalisée pour le quotidien La Razon – orienté à droite –, la cheffe de la diplomatie obtient une note de 2,8/10, ce qui fait d’elle la ministre la moins appréciée de l’Exécutif. Le 9 juin, lors de la session du contrôle du gouvernement par la Chambre des représentants à Madrid, les députés du Parti populaire (PP) ont contraint Arancha González à répondre à leurs questions concernant la brouille diplomatique avec le Maroc.
Depuis le début de la crise, la ministre a plutôt tendance à botter en touche, préférant évoquer l’avenir de la coopération avec le royaume chérifien. Quant au Sahara, Arancha González a de nouveau affirmé que ce « dossier est une politique d’État qui n’a pas changé et qui ne changera pas ».
L’Espagne considère que la résolution du conflit au Sahara doit nécessairement passer par les Nations unies. Les députés du PP, qui estiment que la gauche est responsable du déclenchement de cette crise, n’ont pas ménagé la ministre en l’accusant notamment « de ne rien faire pour assurer les conditions d’une reprise des relations avec le Maroc », tout en l’exhortant à « cesser de se ridiculiser ».
Rafael Lasala, le juge chargé de mener l’instruction quant aux conditions d’entrée sur le territoire espagnol de Brahim Ghali, a rendu des conclusions qui mettent le gouvernement espagnol dans l’embarras. Selon le magistrat, il est clair que l’Espagne et l’Algérie ont organisé ensemble la prise en charge espagnole de Ghali et que « les véritables responsables de ces événements ne pourraient jamais invoquer l’aide humanitaire comme cause d’exonération de responsabilité pénale ». Il a également pointé l’utilisation de « ressources publiques abondantes ».
Les reproches à l’encontre d’Arancha González ne sont pas l’apanage de la droite et des conservateurs, mais bel et bien de « tout le monde », selon le journaliste d’El Mundo, Ignacio Cembrero. La ministre semble dépassée par les événements, au point que le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a chargé sa vice-présidente, Carmen Calvo, de résoudre la crise bilatérale, au détriment d’Arancha González .
Un fait parfaitement assumé par Calvo, face au Sénat le 6 juin. Carmen Calvo, une socialiste originaire d’Andalousie, serait une proche de Karima Benyaich, ambassadrice du Maroc en Espagne, qui a pour l’instant été rappelée à Rabat. Quant à Arancha González Laya, l’affaire Brahim Ghali pourrait bien lui coûter définitivement son poste…

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