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Amine Ayoub, membre du groupe de réflexion américain Middle East Forum, est expert en géopolitique et écrivain. Dans cette interview, il analyse les enjeux de la mise en œuvre effective de l’accord de commerce maritime ratifié entre le Maroc et Israël.
Quelle est l’importance de l’accord maritime signé entre le Maroc et Israël, qui entrera en vigueur 30 jours après son approbation le 7 mai 2025 ?
Pour le Maroc, cet accord agit comme un catalyseur de rayonnement régional et de modernisation. Le Royaume se place au carrefour entre l’Atlantique et la Méditerranée orientale, et cela attire évidemment des échanges commerciaux importants. L’avantage, c’est que le Maroc ne dépend plus seulement des corridors traditionnels. Cette stratégie de diversification permet aussi de développer de nouvelles compétences et de s’ouvrir à des solutions logistiques innovantes. Le secteur public et le secteur privé vont également tirer profit de cet accord qui leur permettra de revoir leur façon de faire, que ce soit pour former le personnel des ports ou pour créer des partenariats technologiques. L’objectif, c’est de construire des ports « intelligents », adaptés aux défis du 21e siècle.
Et du côté israélien ?
Pour Israël, l’accord constitue bien plus qu’un simple trait d’union maritime. Mais il symbolise une expansion de l’espace de coopération au‑delà de la Méditerranée orientale et conforte sa stratégie de résilience. En s’appuyant sur ce nouveau »pont » bleu, Israël consolide ses chaînes d’approvisionnement face aux aléas géopolitiques tout en valorisant son écosystème high‑tech. La mise en commun de standards opérationnels et la création d’espaces de dialogue permettent d’envisager des innovations conjointes, qu’il s’agisse de cybersécurité portuaire, de gestion intelligente des flux ou de réponses coordonnées aux crises maritimes.
Qu’en est-il des États-Unis qui ont joué un rôle important dans le rapprochement entre les deux pays ?
Les États‑Unis, quant à eux, tirent de ce partenariat une validation concrète de leur doctrine diplomatique fondée sur l’équilibre entre intérêts économiques et enjeux de sécurité. En facilitant ce rapprochement, Washington consolide son rôle de garant de la stabilité régionale et accroît son influence dans un espace où se jouent les grands équilibres stratégiques. L’alliance triangulaire que les États-Unis entretiennent avec le Maroc et Israël dessine une Méditerranée d’un genre nouveau. On assiste aujourd’hui à la création d’un espace où la convergence des priorités économiques, technologiques et sécuritaires rend fluide l’installation d’un réseau de coopération apte à relever les défis transnationaux, du changement climatique à la lutte contre les menaces asymétriques.
Quels sont les enjeux de cet accord, au-delà de la simple dynamique économique ?
Il s’agit aussi de bâtir une architecture stratégique méditerranéenne capable de contrer l’influence de l’“axe Iran” et les menaces terroristes asymétriques. En coordonnant étroitement les États riverains et les secteurs privés, on peut édifier des infrastructures portuaires et logistiques résilientes, harmoniser les cadres réglementaires de sécurité maritime et mettre en place des plateformes multilatérales de renseignement et de réponse rapide. Cette vision intégrée transcende justement le simple échange de marchandises pour incorporer la diplomatie culturelle, l’innovation verte et l’engagement citoyen, érigeant la coopération comme pierre angulaire d’une stabilité durable et d’une prospérité partagée face aux défis sécuritaires régionaux.
Source : Maroc Hebdo
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