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Chaque année, la Fête du Trône n’est pas seulement un moment symbolique de renouvellement du pacte d’allégeance politique entre le Roi et le peuple, mais aussi une étape rhétorique pour dessiner les contours de la vision royale concernant l’avenir de l’État marocain dans ses dimensions de développement, sociales et diplomatiques.
Le discours du 30 juillet 2025 s’est avéré riche en messages, naviguant entre la célébration des réalisations du modèle économique marocain, la mise en garde contre les disparités en matière de justice spatiale, et la réaffirmation des constantes de la politique étrangère, notamment en ce qui concerne la relation avec le voisin algérien et la question du Sahara marocain.
Le Maroc Émergent : Ancrer le Modèle Économique
Le discours insiste sur ce que Sa Majesté le Roi nomme le « Maroc Émergent », une expression qui revient à plusieurs reprises, témoignant de la perception que le Maroc a de lui-même en tant qu’État qui évolue sereinement d’une position de pays en développement vers celle d’une économie prometteuse au sein du système du Sud global.
Le discours réaffirme que ce qui a été accompli n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une vision royale à long terme et de choix majeurs pris avec constance depuis l’accession de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Trône. Ces choix incluent :
* Le renforcement des infrastructures (ligne de train à grande vitesse, projets de souveraineté énergétique et hydrique).
* La diversification de l’économie (industries aéronautique, automobile, énergies renouvelables).
* L’élargissement des partenariats internationaux (trois milliards de consommateurs via des accords de libre-échange).
Le discours envoie un message clair : le Maroc aspire à se positionner parmi les pays émergents de taille moyenne, non pas grâce à des richesses rentières, mais via une économie diversifiée et intégrée aux chaînes de production mondiales.
L’État Social au Cœur de la Vision Royale
Malgré les éloges des chiffres et des indicateurs économiques, le discours glisse en douceur vers un autre niveau : le citoyen, pas l’indicateur. Dans un langage franc, le Roi déclare :
« Je ne serai pas satisfait, quel que soit le niveau de développement économique, si cela ne contribue pas à l’amélioration des conditions de vie des citoyens. »
Cette évolution du discours reflète l’enracinement de l’idée de l’État social comme horizon politique de la Monarchie.
Cela se manifeste dans les axes suivants :
* La généralisation progressive de la protection sociale.
* L’octroi d’un soutien direct aux familles éligibles.
* L’interaction avec les données du Recensement Général 2024 (diminution de la pauvreté multidimensionnelle de 11,9% à 6,8%).
Cependant, le Roi n’omet pas de souligner les disparités qui persistent, particulièrement en milieu rural, ce qui constitue une critique implicite de l’efficacité des politiques territoriales précédentes.
Du Développement Social au Développement Territorial Intégré
Le discours royal se positionne comme le cœur et l’essence de la vision stratégique de Sa Majesté. Le Roi appelle expressément à un saut qualitatif dans l’approche du développement, en passant de la dimension sociale générale au développement territorial intégré, à travers la valorisation des spécificités régionales, la consécration de la régionalisation avancée et la solidarité territoriale.
Cette vision peut se résumer en quatre axes :
* Le soutien à l’emploi local.
* L’amélioration de l’éducation et des soins de santé.
* La gestion proactive du stress hydrique.
* L’harmonisation des projets territoriaux avec les grands chantiers nationaux.
Le discours reflète ici une prise de conscience royale selon laquelle les réformes centrales ne suffisent pas si elles ne se traduisent pas par une justice territoriale palpable, rompant avec la logique d’un « Maroc à deux vitesses ».
Les Prochaines Élections : Un Appel Précoce aux Institutions et à l’Élite Politique
Dans un précédent significatif, le discours fait référence aux prochaines élections législatives et souligne :
* Le respect de leur échéance constitutionnelle (2026).
* L’obligation d’adopter le cadre régissant ces élections avant fin 2025.
* La mission confiée au Ministre de l’Intérieur d’ouvrir des consultations politiques.
Cet avertissement précoce n’est pas dénué de messages :
* Premièrement, un message aux institutions : le temps politique doit respecter le rythme constitutionnel.
* Deuxièmement, un message aux partis : la préparation doit dépasser les calculs conjoncturels pour s’orienter vers de véritables projets de société.
* Troisièmement, une confirmation que la Monarchie maîtrise le rythme du temps politique autant qu’elle régule le temps du développement.
La Main Tendue à l’Algérie et le Renouvellement de l’Engagement Maghrébin
Comme à son habitude, Sa Majesté le Roi consacre une partie de son discours aux relations maroco-algériennes. Dans un langage empreint de constance émotionnelle et politique, Il déclare :
« Le peuple algérien est un peuple frère… et la main tendue demeure. »
Le discours met en évidence une position marocaine basée sur :
* L’ouverture à un dialogue franc et responsable avec l’Algérie.
* Le lien entre le dépassement des désaccords et la construction d’une Union du Maghreb efficace.
* L’allusion au fait que toute solution politique maghrébine passe par l’implication conjointe du Maroc et de l’Algérie.
Ces messages demeurent constants dans le discours du Trône depuis des années, reflétant un désir de débloquer les relations bilatérales, même unilatéralement.
Mohammed Lemghari
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