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Le paysage politique marocain traverse aujourd’hui un tournant décisif, marqué par une érosion institutionnelle et la prédominance d’une gestion clientéliste au détriment de l’État de droit.
La contradiction flagrante entre le discours officiel sur « la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes » et la réalité des pratiques frappe au cœur de la crédibilité des institutions.
Nous vivons une véritable aliénation politique : les partis, autrefois espaces de réflexion stratégique et de contrôle rigoureux, se sont transformés en « boutiques » de gestion d’intérêts étroits.
Les principes et positions politiques y sont troqués contre des privilèges de rente, tandis que certains se murent derrière une « majorité numérique » pour faire passer des marchés suspects et échapper à toute redevabilité. Ce processus a dénaturé la motion de censure — qui devait être un outil constitutionnel pour retirer la confiance et rectifier la trajectoire — pour en faire une simple carte de pression, aussitôt repliée dans l’ombre des chambres noires, sous l’effet des calculs de peur et de l’intimidation par les poursuites judiciaires ou la crainte de perdre des privilèges.
Ce recul honteux de l’opposition par rapport à son rôle naturel ne reflète pas seulement une faiblesse de la structure partisane ; il consacre un sentiment profond de frustration chez le citoyen. Ce dernier voit des institutions de contrôle paralysées ou soumises à une « flexibilité politique » complaisante, alors qu’une reddition des comptes sélective est exercée avec une rigueur « disciplinaire » dans des secteurs non politiques, comme le sport, pour absorber la colère de la rue et détourner l’attention des dossiers de corruption structurelle.
Cette intimidation systématique, à travers les poursuites judiciaires contre les tribunes libres et les voix critiques, a conduit à la propagation d’une « autocensure » qui a vidé l’espace public de son sens. Elle a réduit les médias, supposés être le quatrième pouvoir, à un simple écho de positions officielles ternes. Nous nous retrouvons ainsi face à une « démocratie de façade », fragile, ne possédant du changement que l’apparence, pendant que la corruption se propage en profondeur tel un cancer, drainant les deniers publics et sapant toute confiance en l’avenir.
La persistance de cette approche dans la gestion des comptes, transformant les institutions en outils de protection des corrompus plutôt qu’en instruments de poursuite, ne fera qu’accentuer le fossé entre le peuple et l’État.
Elle pousse la société vers une apathie politique mortelle ou vers des explosions sociales aux conséquences imprévisibles, à l’instar de ce que l’on observe avec la « Génération Z ». Un État ne peut s’ériger sur les piliers de la peur et de la dissimulation ; il nécessite un courage politique pour assainir « la source » de la corruption partisane et réhabiliter les institutions en tant que gardiennes de l’intérêt général, et non comme vitrines de la rente et du clientélisme. L’histoire est impitoyable envers les régimes qui sacrifient leur crédibilité pour protéger une « majorité » fragile au détriment de la souveraineté de la loi.
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