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De Roland-Garros à Rabat, la politique peut-elle redevenir une confrontation d’idées

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À Roland-Garros, deux joueurs ne s’affrontent pas à coups de slogans. Chacun doit démontrer, point après point, la valeur de sa stratégie. À la fin, le résultat est visible et incontestable. Pourquoi la politique ne pourrait-elle pas fonctionner davantage de la même manière ?
La comparaison entre la France et le Maroc ne consiste pas à chercher qui serait le plus démocratique ou le plus efficace. Les deux pays ont des histoires, des institutions et des réalités différentes. Mais la France possède une culture plus ancienne du débat contradictoire, du contrôle et de l’évaluation. Ses responsables politiques sont régulièrement contraints de préciser leurs choix, leur coût et leurs résultats. Cela ne signifie pas que le système français fonctionne parfaitement. La polarisation, la défiance envers les institutions et la crise de la représentation y sont bien réelles. Mais une idée mérite d’être retenue : une promesse politique doit pouvoir être discutée, vérifiée et évaluée.
Le Maroc a accompli des progrès importants dans le pluralisme électoral et institutionnel. Les partis présentent des programmes et disposent d’un cadre politique reconnu. Mais le problème n’est plus seulement de savoir si les programmes existent. Il faut désormais se demander ce qu’ils valent réellement.
Combien coûte la mesure proposée ?
Comment sera-t-elle financée ?
Qui sera chargé de l’appliquer ?
Quand produira-t-elle ses premiers résultats ?
Comment saura-t-on qu’elle a fonctionné ?
Trop souvent, les programmes répondent insuffisamment à ces questions. Ils énoncent des ambitions, mais rarement les arbitrages qui les rendent crédibles. Or gouverner, c’est choisir, on ne peut pas tout financer, tout faire et tout promettre en même temps. Un parti sérieux devrait donc dire clairement ce qu’il fera en priorité, ce qu’il reportera et ce à quoi il renoncera. La maturité politique commence lorsque les promesses deviennent des choix assumés.
Il faudrait aussi changer la nature des débats électoraux. Moins de formules générales et de confrontations personnelles ; davantage de débats sur des sujets précis : l’emploi des jeunes, l’école, la santé, l’eau, la protection sociale, la compétitivité, le numérique ou l’aménagement du territoire, et surtout, le débat ne devrait pas s’arrêter le soir des élections. Pourquoi ne pas publier chaque année un bilan public des engagements pris ? Combien ont été réalisés ? Lesquels ont pris du retard ? Pourquoi ? Avec quels résultats ? Un tel mécanisme pourrait être porté par une institution indépendante ou un observatoire réunissant universitaires, experts, journalistes et société civile. Ce serait un changement important : passer d’une démocratie de la promesse à une démocratie de la preuve.
Il ne s’agit évidemment pas de copier la France. Le Maroc doit construire ses propres mécanismes, en fonction de son histoire, de ses institutions et de ses priorités. Mais il peut s’inspirer d’un principe simple : le citoyen ne devrait pas avoir à choisir entre des slogans, mais entre des projets comparables. La politique gagnerait alors en sérieux. Les partis seraient jugés moins sur leur capacité à promettre que sur leur capacité à expliquer, financer, réaliser et rendre compte.
À Roland-Garros, on ne gagne pas un match en annonçant que l’on va gagner. Il faut jouer les points, respecter les règles et accepter le verdict du résultat. La politique devrait accepter la même exigence : moins de promesses, plus de preuves ; moins de slogans, plus de résultats. C’est peut-être ainsi que la confrontation politique pourrait redevenir ce qu’elle devrait toujours être : une confrontation d’idées, de projets et de résultats et non une simple confrontation de personnes.

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