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SOUVERAINETE STRATEGIQUE
Comment la « science de la durabilité » s’impose au cœur du nouveau programme gouvernemental
À l’aube du cycle législatif 2027-2031, le Maroc opère une mue doctrinale majeure sous l’impulsion des Hautes Orientations Royales de 2026. En brisant le silo historique entre la gestion de l’eau et celle des forêts, le nouveau programme gouvernemental transcrit les exigences du Nexus Eau-Énergie-Alimentation-Écosystèmes (WEFE). Face au stress hydrique et aux défis anthropiques, l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF) a vocation à se réinventer pour contribuer à la résilience macroéconomique du Royaume. Plongée au cœur d’une réforme où le génie écologique devient le garant de notre sécurité biophysique.
CADRE DOCTRINAL & MANDAT DU ROYAUME (2026)
1. Les Orientations Royales de 2026 comme Feuille de Route Nationale
L’année 2026 marque un tournant historique dans la gouvernance des ressources naturelles et de la planification stratégique du Royaume du Maroc. À l’aube d’un nouveau cycle législatif et gouvernemental, les orientations communes majeures fixées par Sa Majesté Le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste à travers le Discours du Trône (juillet 2026), le Discours devant le Parlement (octobre 2026) et les arbitrages du Conseil des ministres (octobre 2026) – tracent les contours intangibles d’une feuille de route nationale unifiée. Ces interventions souveraines convergent de manière absolue vers quatre priorités érigées en impératifs nationaux:
La consolidation de la souveraineté stratégique: Sécurisation absolue des fondements vitaux du pays.
L’alignement de la croissance sur la justice sociale: Redistribution équitable et préservation du pouvoir d’achat dans le cadre de l’État social.
La centralité de la jeunesse et de l’emploi: Structuration de programmes intégrés de lutte contre le chômage sur la période 2027-2031.
La mobilisation du secteur privé: Appel au patriotisme économique pour catalyser l’investissement productif et l’innovation.
Ce bloc d’orientations constitue le mandat politique suprême auquel toutes les politiques sectorielles, et singulièrement la gestion du domaine forestier et hydrique, doivent désormais se conformer sans délai ni atermoiement.
2. Doctrine Royale de la « Science de la Durabilité »
La transition vers un modèle de développement résilient n’est plus envisagée sous l’angle de réformes sectorielles isolées, mais comme une transformation systémique globale. Lors de Son allocution historique devant le Parlement, le 9 octobre 2026, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a dicté une orientation majeure :
« Aujourd’hui, outre l’activation des projets d’infrastructures à l’ordre du jour, une nouvelle génération de grandes stratégies doit être lancée, notamment dans les secteurs de la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, de l’émergence industrielle, de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle ».
(Extrait du discours royal de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, adressé au Parlement le 9 octobre 2026).
Par cette injonction, le Souverain invite à l’application rigoureuse de la « science de la durabilité » au plus haut niveau de l’État. Sur le plan académique et managérial, cette vision traduit l’adoption systématique du cadre analytique interdisciplinaire du Nexus Eau-Énergie-Alimentation-Écosystèmes (WEFE – Water, Energy, Food, Ecosystems).
Cette approche postule qu’aucune sécurité sectorielle ne peut être atteinte de manière pérenne si elle génère des externalités négatives sur les autres secteurs. La durabilité du Royaume dépend explicitement de la maîtrise des interactions bidirectionnelles entre ces quatre piliers, brisant définitivement les approches de maximisation sectorielle unilatérale qui ont historiquement prévalu.
3. Le triptyque de la souveraineté stratégique: Les interdépendances du Nexus WEFE
Le domaine d’action de l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF), désormais placée sous la tutelle du Ministère de l’Équipement, de l’Eau et des Forêts, se trouve à l’intersection biophysique de ce triptyque souverain. Les dynamiques du Nexus WEFE au Maroc se structurent autour d’interdépendances critiques qu’il convient de piloter de manière intégrée:
L’articulation Eau – Énergie: La raréfaction des ressources en eau de surface impose une accélération massive des projets de dessalement d’eau de mer (objectif gouvernemental de 1,8 milliard de m³ d’ici 2031). Ce processus industriel, hautement énergivore, dépend entièrement de la trajectoire de transition énergétique du Royaume (visant plus de 52% du mix en énergies renouvelables d’ici 2030 et le développement de l’hydrogène vert). Réciproquement, la préservation des ressources hydriques et le débit régulé des sources conditionnent la viabilité des infrastructures de stockage et de production d’énergie.
L’articulation Eau – Alimentation: L’agriculture nationale demeure le premier consommateur d’eau douce à travers l’irrigation. Face au stress hydrique structurel, la souveraineté alimentaire exige une rupture agronomique (portant la part des semences nationales résilientes de 20% à 50%) pour adapter la demande agricole à la réalité des cycles hydrologiques locaux et protéger les nappes phréatiques de la surexploitation.
L’articulation Énergie – Alimentation: La modernisation des filières agricoles et de la chaîne de valeur agroalimentaire (mécanisation, engrais azotés décarbonés via l’ammoniac vert, chaîne du froid) requiert une intégration énergétique poussée. Inversement, la valorisation de la biomasse et l’usage des sols ne doivent pas entrer en compétition avec les cultures vivrières indispensables à la sécurité alimentaire du pays.
La centralité des Écosystèmes face au triptyque (WEF): Les écosystèmes forestiers, oasiens et de haute montagne constituent le socle naturel immuable et le fournisseur exclusif des services environnementaux de base (régulation des flux hydriques, purification naturelle, fixation des sols contre l’érosion). La surexploitation de l’eau, l’agriculture intensive et le déploiement non régulé des infrastructures font peser une menace d’effondrement sur ces écosystèmes. Protéger la forêt et aménager durablement les bassins versants ne relèvent plus de la simple conservation de la nature, mais de la sécurisation physique directe des investissements économiques, industriels et agricoles du Royaume face au changement climatique.
DÉCLINAISON GOUVERNEMENTALE ET RUPTURE INSTITUTIONNELLE
1. Le Programme Gouvernemental 2027-2031 face aux Défis du Siècle
Le cadre politique et économique exposé par la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, devant le Parlement réuni en séance commune le lundi 19 octobre 2026, transcrit et décline de manière opérationnelle les Hautes Orientations de Sa Majesté Le Roi Mohammed VI. Ce programme pour le mandat 2027-2031 formalise le passage de la doctrine du Nexus WEFE à des cibles macroéconomiques et sectorielles quantifiables:
Objectifs macroéconomiques et budgétaires: Le gouvernement adopte une trajectoire volontariste fixant un objectif de croissance annuelle moyenne de 5%. Pour préserver le pouvoir d’achat des citoyens et garantir la stabilité du cadre macroéconomique, l’inflation sera contenue à 2% par an, tandis que le déficit budgétaire sera strictement limité à 3% du PIB. En parallèle, l’endettement public s’inscrit dans une trajectoire descendante pour être ramené à près de 62% à l’horizon 2031.
Cibles de souveraineté sectorielle:
Sécurité hydrique: Accélération des stations de dessalement de l’eau de mer pour mobiliser 1,8 milliard de m³ d’eau d’ici 2031 et intensification de la construction de barrages.
Sécurité énergétique: Porter la part des énergies renouvelables à plus de 52% du mix énergétique à l’horizon 2030 et déploiement de l’« Offre Maroc » en matière d’hydrogène vert.
Sécurité alimentaire: Transition d’un soutien conjoncturel à une maîtrise structurelle des facteurs de production, matérialisée par le passage de la part des semences nationales de 20% à 50% au cours du mandat et par un plan de reconstitution du cheptel.
Sécurité numérique et technologique: Mise en place d’un mécanisme national intégré consacré à la cybersécurité et à la protection des données et des systèmes vitaux.
2. Rattachement des « Eaux et Forêts » à l’Eau: Élimination d’un Silo Historique
Dans cette architecture de résilience, deux actes politiques majeurs retiennent l’attention et traduisent concrètement l’exigence académique de gouvernance inclusive intersectorielle:
1. L’adoption annoncée d’un Plan National de l’Eau validant la convergence institutionnelle entre l’eau, l’agriculture, l’énergie et l’environnement.
2. Le transfert officiel du secteur forestier sous la tutelle du Ministère de l’Équipement et de l’Eau.
Ce rattachement modifie profondément la gouvernance des ressources naturelles au Maroc. En brisant un silo administratif historique qui liait la forêt exclusivement à l’Agriculture, l’Exécutif adopte une approche de gestion intégrée par les écosystèmes. Cela ouvre deux opportunités majeures:
Synergie immédiate Amont/Aval (Barrages et Bassins versants): Alignement direct des budgets d’ingénierie civile avec les budgets de génie écologique (reboisement et fixation des sols par l’ANEF) pour lutter contre l’envasement précoce des retenues d’eau.
Arbitrage intégré du Nexus « Eau-Écosystèmes »: Le ministère de tutelle gère désormais à la fois l’offre en eau et la demande des écosystèmes forestiers, facilitant l’intégration de la préservation des écosystèmes comme objectif sectoriel interne.
3. Déplacement du curseur de la complexité
Ce changement de tutelle déplace le curseur de la complexité sur deux autres articulations du Nexus:
1. La gestion de l’interface avec l’Agriculture: Le défi politique majeur sera d’éviter une rupture de dialogue entre les politiques de reconstitution du cheptel (portées par l’Agriculture) et les impératifs de mise en défens des parcelles aménagées / reboisées (désormais portées par le Ministère de l’Équipement, de l’Eau et des Forêts).
2. Le défi opérationnel de l’ANEF: L’ANEF va devoir harmoniser ses procédures d’investissement, ses méthodes de génie écologique et ses systèmes d’information avec l’administration centrale d’un grand ministère historiquement axé sur les grands travaux d’infrastructure lourde de génie civil.
DIAGNOSTIC SANS CONCESSION – CONFRONTATION AMBITIONS – RÉALITÉS DE TERRAIN
1. Paradoxe des Bassins Versants: Financements au rendez-vous vs Érosion critique
Le Maroc bénéficie d’un appui international massif (plus de 580 millions d’euros / 6,2 milliards de DH via l’AFD, la BEI et la Banque Mondiale). Pourtant, cette abondance de capitaux se heurte à un phénomène d’érosion hydrique agressif entraînant la perte d’environ 58,3 millions de m³ de capacité de stockage des barrages par an.
2. Limites opérationnelles de la Stratégie « Forêts du Maroc »
A. Faible taux de réussite des plantations vs Pérennité du traitement biologique: Les rapports de la Cour des comptes mettent en lumière des vides de planification et un taux de réussite médiocre des opérations de reboisement sur le terrain.
B. Pression du surpâturage vs Destruction des ouvrages de fixation des sols: La charge pastorale exercée par le cheptel est 2 à 3 fois supérieure à la capacité de régénération des écosystèmes, annihilant les efforts de génie civil léger.
C. Dépendance au bois de feu vs Déforestation continue des têtes de bassins: Les populations montagnardes prélèvent environ 3 millions de tonnes de bois par an pour le chauffage et la cuisson, dégradant le couvert forestier en amont.
D. Déficit en ressources humaines de terrain vs Immensité du domaine à surveiller: Le corps de la police forestière souffre d’un sous-effectif chronique pour contrôler les 9 millions d’hectares du territoire national.
3. Synthèse du Rapprochement: un impératif de réforme
Le transfert de tutelle doit s’accompagner d’une réforme profonde de l’ANEF et d’une mise à jour de la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 ».
RÉFORME DE L’ANEF ET MISE À NIVEAU DE LA STRATÉGIE « FORÊTS DU MAROC 2020-2030 »
1. Refondation Institutionnelle de l’ANEF: Vers une Agence du Génie Écologique
Fusion organique des planifications hydrologique et forestière: Intégration des directions techniques de l’ANEF aux Agences de Bassins Hydrauliques (ABH). Tout budget alloué au génie civil d’un barrage doit déclencher un pourcentage fixe dédié au génie biologique.
Réorientation radicale des indicateurs de performance (KPI): Adopter des KPI fondés sur le taux de survie réel des plants à 5 ans, le volume sédimentaire retenu à la source (m^3/an) et l’indice de régulation du débit des sources d’eau.
Création de la Police Unique et déploiement des Écogardes: Fusionner la police de l’eau et la police forestière, appuyées par des écogardes issus des populations rurales.
Création d’une Direction du Nexus et de la Coopération Intersectorielle: Pour piloter les relations interministérielles de manière convergente.
2. Actualisation de la Stratégie « Forêts du Maroc » par le Prisme du Nexus WEFE
Nexus Forêt-Eau: Sélection exclusive d’essences autochtones résilientes (Arganier, Chêne-liège, Thuya, Cèdre) et sanctuarisation des massifs forestiers amont sous forme de « zones de protection hydrique strictes ».
Nexus Forêt-Alimentation: Ajustement en temps réel de la charge pastorale par suivi satellite et modernisation des compensations de mise en défens liées à des subventions en fourrages durables.
Nexus Forêt-Énergie: Lancement du Plan « Énergie Rurale » (distribution de poêles à haut rendement, gaz, chauffe-eaux solaires) et développement de boisements énergétiques dédiés.
INGÉNIERIE FINANCIÈRE ET MISE A NIVEAU DES MÉCANISMES ÉCONOMIQUES
1. Efficience de la dépense publique (Financement axé sur les Résultats): Conditionnement du paiement des contrats de reboisement aux taux de survie réels constatés par audit indépendant à 12, 36 et 60 mois (cible : >85%).
2. Budget d’aménagement conditionnel: Liaison juridique entre l’octroi de crédits pour la construction d’un barrage et le déblocage d’une enveloppe de génie biologique pour le bassin versant amont.
3. Paiements pour Services Écosystémiques (PSE): Mettre en place une éco-redevance payée par les grands usagers de l’eau en aval pour rémunérer les actions de conservation menées en amont.
4. Patriotisme Économique (PPP et Marchés Carbone): Accélération des Partenariats Public-Privé pour les concessions forestières et valorisation du capital carbone.
CONCLUSION
La refonte globale de la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 » et la restructuration de l’ANEF marquent le passage d’une gestion sectorielle isolée à une infrastructure écologique de protection active.
Deux règles de gouvernance centrales doivent s’appliquer :
1. L’Automatisme du Budget d’Aménagement Conditionnel pour tout projet de barrage.
2. L’Audit Annuel de Performance Intégrée co-signé avec les directions de l’Eau, de l’Agriculture et de l’Énergie.
« Nous soulignons avec force qu’aucun retard ni atermoiement n’est plus tolérable dans la mise en œuvre pleine et entière de la Charte de la Déconcentration… »
(Extrait du discours royal adressé au Parlement le 9 octobre 2026)
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Hautes Directives Royales (2026): Discours du Trône (juillet 2026), Conseil des Ministres (octobre 2026), Discours d’ouverture de la session législative (9 octobre 2026).
Déclarations Officielles (2026): Programme gouvernemental 2027-2031 présenté par Fatima Ezzahra El Mansouri (19 octobre 2026).
Rapports Institutionnels: Audits annuels de la Cour des Comptes du Royaume du Maroc.
Données Écosystémiques: Inventaires Forestiers Nationaux (IFN), statistiques du Ministère de l’Équipement et de l’Eau.
Conventions Internationales (2024-2026): Accords de financement AFD (programme Ghabati, Hayati – 102 M€), BEI (100 M€) et Banque Mondiale.
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