FR.maarifpress-politique
Le glissement permanent des technocrates, quittant les hauteurs de l’administration et de la gestion pour s’eniser dans le marécage des calculs partisans étroits, n’a jamais été le signe d’une maturité politique. C’est plutôt la preuve d’une incapacité flagrante à produire de véritables élites issues du terrain et de la nation.
Aujourd’hui, cette errance se manifeste sous sa forme la plus frappante à travers la transformation radicale de Fouzi Lekjaa. Ce dernier a rejoint le Parti Authenticité et Modernité (PAM) dix-huit ans après sa fondation, passant ainsi du statut de « technocrate » au-dessus des conflits à celui d’« homme de ménage » chargé d’essuyer la saleté du « Tracteur » et de restaurer sa façade délabrée.
Le parti, qui s’est vanté pendant des années d’être une alternative de développement, se voit aujourd’hui contraint de faire appel à l’ingénieur de la mécanisation pour nettoyer son écurie et réparer ce qui a été gâté par les pratiques de dirigeants de premier plan, tombés sous le coup de poursuites judiciaires. Cela a provoqué un séisme retentissant qui a entaché la crédibilité de l’ensemble de la scène politique, soulevant de grandes interrogations : Ilyas El Omari a-t-il réellement réussi, depuis les coulisses, à recycler le PAM et à lui remettre à nouveau les clés par l’intermédiaire de son ami proche, Fouzi Lekjaa ?
Cependant, ce pari boiteux ignore une réalité éclatante : le nouveau venu, qui a passé des années dans le spectacle sportif et financier sur les terrains, et qui s’est contenté d’équiper la sélection nationale avec des solutions toutes faites venant de l’étranger faute d’avoir su construire un modèle footballistique local générateur de véritables champions, ne sera pas en mesure aujourd’hui d’accomplir un miracle politique dans un environnement rongé par les dysfonctionnements organisationnels.
La mission d’un atterrissage forcé depuis le sommet vers la réalité d’un terrain truffé de mines dans la région de l’Oriental et ailleurs n’est pas une simple promenade orchestrée par les moyens et l’influence. Il s’agit plutôt d’une tentative désespérée de redorer l’image d’un parti dont la crédibilité s’est effondrée, en faisant appel à d’anciennes alliances et en recyclant les mêmes figures.
Face aux engagements fermes du ministère de l’Intérieur à organiser des élections libres et transparentes, il devient clair que les gains et la renommée personnelle accumulés par Lekjaa vont inévitablement se heurter à la volonté populaire explicite, laquelle ne reconnaît ni l’ingénierie d’en haut ni les bilans gonflés. La question demeure donc : la charrue du technocrate et le pacte du retour d’influence via les amis réussiront-ils à labourer à nouveau une terre épuisée par les crises, ou l’histoire retiendra-t-elle que le maquillage et le recyclage des clés ne suffisent plus à masquer l’ampleur de la dégradation et de la corruption ?
F. El Rifai
fr.maarifpress.comHtpps://fr.maarifpress.com
