Journal électronique satirique d'investigation

LE MAROC, FUTUR TITAN MONDIAL DE L’HYDROGÈNE VERT

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Par Mohamed Et-tobi

LES ORIENTATIONS ROYALES, BOUSSOLE D’UNE RÉVOLUTION ÉNERGÉTIQUE

La trajectoire du Royaume du Maroc vers le statut de superpuissance des énergies propres ne relève pas du hasard. Elle est le fruit d’une vision stratégique, portée au plus haut niveau de l’État par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste. Depuis plus de deux décennies, les orientations royales ont transformé le paysage énergétique national, propulsant le pays au rang de champion régional des énergies renouvelables.

Le virage historique de l’été 2026

Lors du Discours du Trône du 29 juillet 2026, le Souverain a marqué un tournant décisif en actant le passage à la phase opérationnelle de « l’Offre Maroc hydrogène vert ». Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a souligné que la compétitivité du Royaume repose désormais sur sa capacité à proposer une industrie décarbonée et compétitive, annonçant l’attribution des premières licences foncières et autorisations aux consortiums internationaux. L’hydrogène vert n’est plus une simple perspective d’avenir ; il est devenu un impératif de souveraineté.

Cette impulsion fait écho aux directives du Discours du Trône de juillet 2023, où le Souverain avait enjoint le gouvernement de déployer une offre compétitive et incitative, capable de capter les investissements globaux. En plaçant l’hydrogène vert au cœur de la doctrine économique nationale, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, lie indissociablement la croissance du continent africain à la préservation de l’environnement, une philosophie déjà théorisée lors de son discours historique de 2018 à Brazzaville.

Une ambition mondiale : Capter 4 % du marché

La vision royale fixe un cap précis : faire du Maroc un pont incontournable entre les ressources naturelles de l’Afrique et les marchés de consommation européens. L’objectif chiffré par la stratégie nationale consiste à capter jusqu’à 4 % de la demande mondiale en molécules vertes d’ici 2030. Pour le Royaume, cette filière ne se limite pas à une opportunité commerciale. Elle constitue le socle d’une nouvelle industrialisation lourde, visant la décarbonation totale de l’économie marocaine et la création d’une valeur ajoutée locale sans précédent.

I- PRINCIPAUX ARGUMENTS QUI JUSTIFIENT L’INTERET

Un écologiste s’intéresse de près à l’hydrogène vert car, contrairement à l’hydrogène conventionnel ou aux énergies fossiles, il représente un vecteur énergétique de décarbonation totale, produit sans énergies fossiles et capable de résoudre le problème du stockage des énergies renouvelables.

1.1 Zéro émission de gaz à effet de serre (GES) à la production

• Électrolyse propre : L’hydrogène vert est obtenu par électrolyse de l’eau, un procédé qui sépare l’hydrogène H2 et l’oxygène (O2).
• Énergie d’origine renouvelable : L’électricité utilisée provient exclusivement de sources propres (solaire, éolien, hydraulique). Contrairement à l’hydrogène « gris » (produit à partir de gaz naturel et très polluant), sa fabrication n’émet aucun dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère.

1.2 Une solution pour décarboner les industries « lourdes »

Certains secteurs industriels majeurs ne peuvent pas fonctionner uniquement à l’électricité directe (batteries). L’hydrogène vert offre une alternative écologique pour :

• La chimie et les engrais : Remplacer l’ammoniac fossile par de l’ammoniac vert (comme le projette le Maroc avec le Groupe OCP), ce qui élimine une empreinte carbone industrielle colossale.
• L’acier et le raffinage : Remplacer le charbon et l’hydrogène gris dans la métallurgie et les processus chimiques lourds.
• Les transports lourds : Permettre le développement de carburants synthétiques propres (e-fuels) pour l’aviation, le fret maritime et les transports terrestres à longue distance, là où les batteries électriques actuelles sont trop lourdes et inefficaces.

1.3 Le stockage à grande échelle des énergies renouvelables

L’un des plus grands défis des écologistes est l’intermittence des énergies renouvelables (le soleil ne brille pas la nuit, le vent ne souffle pas en continu).

• Vecteur de stockage : L’hydrogène vert résout ce problème en servant de « batterie géante ».
• Flexibilité du réseau : L’excès d’électricité produit lors des pics d’ensoleillement ou de vent peut être transformé en hydrogène, stocké à long terme (par exemple dans des cavités salines), puis reconverti en électricité en cas de besoin.

1.4 Un sous-produit précieux : l’Oxygène (O2)

Pour un écologiste, l’économie circulaire est fondamentale. L’électrolyse de l’eau produit structurellement 8 kg d’oxygène pur pour chaque kilogramme d’hydrogène généré. Cet oxygène peut être récupéré pour des applications industrielles, environnementales (traitement des eaux) ou médicales, évitant ainsi d’autres processus de fabrication polluants.

1.5 Avantages pour la protection des forêts et des écosystèmes terrestres

• Atténuation du changement climatique (Le bouclier global) : Le dérèglement climatique est la première menace pour les forêts (sécheresses prolongées, incendies géants, prolifération de parasites). En remplaçant les énergies fossiles dans les secteurs les plus polluants (industrie lourde, transports), l’hydrogène vert contribue massivement à stabiliser les températures mondiales, préservant ainsi l’habitat naturel de milliers d’espèces.
• Réduction de la pression sur la biomasse : Sans transition vers des molécules vertes comme l’hydrogène ou le méthanol de synthèse, la tentation est grande de surexploiter les forêts pour produire des bioénergies ou des biocarburants de première génération (qui entrent en concurrence avec les terres agricoles et accélèrent la déforestation). L’hydrogène vert offre une alternative purement industrielle et technologique qui laisse les forêts jouer leur rôle naturel de puits de carbone et de réservoirs de biodiversité.
• Alternative aux projets miniers destructeurs : L’hydrogène vert permet de fabriquer de l’acier vert (en utilisant l’hydrogène comme agent de réduction à la place du charbon de coke). À terme, l’optimisation des procédés industriels décarbonés réduit la nécessité d’ouvrir de nouvelles mines de charbon ou d’hydrocarbures, des infrastructures souvent synonymes de déforestation massive et de destruction d’écosystèmes forestiers intacts.

1.6 La circularité écologique : L’apport de l’Oxygène O2

Un avantage souvent ignoré pour les écosystèmes est le co-produit de l’électrolyse. En séparant la molécule d’eau, l’électrolyseur rejette de grandes quantités d’oxygène pur.

Cet oxygène peut être capté et injecté directement pour revitaliser les écosystèmes aquatiques en détresse :

• Combattre l’eutrophisation (asphyxie) des lacs et des cours d’eau pollués par les nitrates agricoles.
• Améliorer les processus de traitement biologique des stations d’épuration avant que les eaux usées ne soient rejetées dans la nature.

II- FEUILLE DE ROUTE DU ROYAUME : CHIFFRES, CAPACITÉS ET SCÉNARIOS HORIZON 2050

Publiée par le Ministère de l’Énergie, des Mines et de l’Environnement, la Feuille de Route nationale de l’Hydrogène Vert formalise la trajectoire technique et financière du pays sur trois décennies. Elle dessine un plan de développement progressif et évalue précisément les infrastructures requises.

2.1 Une montée en puissance en trois étapes

• 2020 – 2030 (Le court terme) : Phase de démarrage focalisée sur l’utilisation locale de l’hydrogène comme matière première pour l’ammoniac vert (engrais) et sur l’amorçage des exportations grâce à des projets pilotes subventionnés.
• 2030 – 2040 (Le moyen terme) : Atteinte de la viabilité économique grâce à la baisse mondiale des coûts technologiques. Introduction des carburants synthétiques (PtL) pour l’aviation et le transport lourd, et utilisation de l’hydrogène pour le stockage de l’électricité nationale.
• 2040 – 2050 (Le long terme) : Maturité technologique complète. L’hydrogène s’étend au secteur résidentiel (chauffage, cuisson), aux transports publics urbains et à la chaleur industrielle.

2.2 Indicateurs clés du scénario de référence

Pour mesurer l’ampleur de cette transformation, la feuille de routedu Royaume s’appuie sur des projections d’infrastructures et de retombées socio-économiques majeures :

Indicateurs du marché (Scénario de référence)

Horizon 2030

Horizon 2040

Horizon 2050

Demande du marché local (TWh)

4

22

40

Demande à l’exportation (TWh)

10

46

115

Capacité EnR supplémentaire requise (GW)

8

37

78

Puissance des Électrolyseurs (GW)

2,8

13,9

31,4

Investissement total cumulé (Mrd MAD)

90

380

760

Chiffre d’affaires annuel généré (Mrd MAD)

22

102

330

Création d’emplois totaux (Directs & Indirects)

16 200

72 000

156 000

(Dans le scénario optimiste, la demande globale est projetée à 307 TWh, nécessitant un investissement cumulé de 1 024 milliards de dirhams d’ici 2050).

2.3 L’industrialisation, le défi de l’eau et l’accès aux marchés

Le déploiement de la filière Power-to-X impose une transformation profonde du tissu industriel national et soulève des défis logistiques et environnementaux majeurs, au premier rang desquels figure la gestion des ressources hydriques.

2.3.1 L’impératif du dessalement face au stress hydrique

L’électrolyse de l’eau consomme de larges volumes d’eau purifiée. Dans un pays soumis à un stress hydrique structurel, la feuille de route exclut catégoriquement l’utilisation des ressources en eau douce exploitables. La solution repose sur la construction d’infrastructures de dessalement d’eau de mer exclusivement dédiées à la filière. Les usines devront traiter 4,4 millions de m3 d’eau par an d’ici 2030, pour atteindre près de 50 millions de m3 à l’horizon 2050. Ce défi implique un investissement industriel estimé à 2 milliards de dirhams, adossé à des programmes de recherche menés par la plateforme « GreenH2A » pour optimiser la consommation énergétique du traitement de l’eau.

2.3.2 L’ammoniac vert : Priorité à la souveraineté engrais

Sur le plan de l’intégration industrielle, la priorité absolue est accordée à la filière de l’ammoniac vert. En 2019, le Maroc importait environ 2 millions de tonnes d’ammoniac conventionnel pour la fabrication des engrais de l’OCP. La substitution par de l’ammoniac vert local sécurise l’approvisionnement à long terme de ce secteur névralgique et réduit le risque à l’économie nationale face aux fluctuations des cours mondiaux des énergies fossiles. La demande intérieure en ammoniac vert devrait atteindre entre 0,5 et 1,2 million de tonnes dès 2030.

2.3.3 Logistique et corridors d’exportation

Pour acheminer l’hydrogène et ses dérivés vers l’Europe, principal marché demandeur, le Maroc planifie une infrastructure logistique lourde :

• Infrastructures portuaires : Adaptation et extension des grands hubs portuaires pour le transport maritime à grande échelle des molécules vertes sous forme liquide (ammoniac, méthanol).
• Infrastructures gazières : Évaluation technique et adaptation du gazoduc Maghreb-Europe existant pour transporter l’hydrogène gazeux directement vers l’Espagne et le Portugal.
• Stockage stratégique : Modélisation technico-économique à long terme pour évaluer la faisabilité du stockage de l’hydrogène vert dans des cavernes salines profondes afin de réguler l’offre et la demande.

Le Maroc dessine ainsi les contours d’une économie moderne, décarbonée et souveraine, transformant ses contraintes géographiques en avantages compétitifs durables.

III- POSITIONNEMENT GEOSTRATEGIQUE DU MAROC DANS LA CONCURRENCE UE – ALLEMAGNE – USA

Dans cette compétition industrielle et réglementaire mondiale, le Maroc n’est pas un simple spectateur. Le Royaume a su transformer ses contraintes en atouts géostratégiques majeurspour se positionner comme un pivot d’arbitrage et un partenaire d’approvisionnement incontournable, particulièrement pour l’Allemagne et l’Europe, tout en restant attractif pour les capitaux américains.

3.1 Le partenaire de sécurité énergétique numéro 1 de l’Allemagne

L’Allemagne a un besoin vital d’importer plus de 70 % de son hydrogène vert d’ici 2030-2040 pour décarboner sa puissante industrie (chimie, acier, automobile). Face à cette urgence, le Maroc s’est positionné très tôt :

• Un corridor direct : Le Maroc offre à Berlin la sécurité des circuits courts. Contrairement aux importations venant d’Australie ou du Chili, l’hydrogène marocain peut être acheminé rapidement par voie maritime ou via l’adaptation des pipelines existants.
• Le co-développement technologique : À travers le partenariat bilatéral maroco-allemand (qui finance notamment le premier projet pilote de 100 MW de MASEN), le Maroc échange ses ressources naturelles contre l’excellence technologique allemande en matière d’électrolyseurs, s’assurant ainsi une montée en compétences locale.

3.2 Le pont d’ancrage de la transition verte de l’Union européenne

L’Union européenne cherche à diversifier ses sources pour ne plus dépendre d’un seul fournisseur d’énergie (leçon tirée de la crise du gaz russe). Le Maroc joue la carte de la complémentarité géographique et politique :

• Le Partenariat Vert UE-Maroc : Premier accord de ce type signé par Bruxelles avec un pays tiers, il permet au Maroc d’aligner ses infrastructures dès la phase de conception sur les critères d‘« additionnalité » et les « Garanties d’Origine » de la directive européenne RED III.
• L’arbitrage de la connectivité : En évaluant la reconversion technique du gazoduc Maghreb-Europe, le Maroc ambitionne d’injecter directement son hydrogène gazeux dans le réseau ibérique (Espagne/Portugal). Cela offre à l’Europe une solution d’approvisionnement continu par pipeline, beaucoup moins coûteuse et plus stable que le transport maritime de longue distance.

3.3 Une terre d’accueil hautement compétitive pour les capitaux américains

Face à la simplicité des subventions de l’Inflation Reduction Act(IRA) aux États-Unis, qui menaçait de capter tous les investissements mondiaux, le Maroc a répliqué en sortant son arme économique : l‘« Offre Maroc ».

• Le choc de la compétitivité-coût : Même avec les crédits d’impôt américains, le coût de production de l’électricité renouvelable au Maroc (grâce à la combinaison unique d’un ensoleillement maximal et de vents constants dans le Sud) reste l’un des plus bas du monde.
• La neutralité et l’attractivité des consortiums : En ouvrant ses mégaprojets territoriaux (Guelmim, Dakhla) à des consortiums internationaux, le Maroc attire des investisseurs américains et des fonds souverains mondiaux qui cherchent à produire au Maroc pour exporter vers le marché européen, saturé et surréglementé.

Synthèse du positionnement marocain

Attribut géostratégique

Avantage pour le Maroc dans la concurrence mondiale

Proximité avec l’Europe

Réduction drastique des coûts logistiques de transport par rapport aux concurrents du Moyen-Orient ou de l’hémisphère Sud.

Stabilité politique & Cadre réglementaire

Sécurité juridique à long terme pour les investisseurs face aux incertitudes géopolitiques mondiales.

Souveraineté et flexibilité

Le Maroc ne s’aligne pas exclusivement sur un bloc ; il utilise la demande allemande pour financer ses infrastructures, les normes européennes pour certifier sa qualité, et l’émulation américaine pour attirer les investisseurs privés.

Le Maroc se positionne ainsi comme le hub d’équilibre énergétique de la zone Euro-Méditerranée, transformant la dépendance de l’Europe en un levier d’industrialisation et de croissance souveraine pour son propre territoire.

IV- POSITIONNEMENT DE L’ESPAGNE DANS L’EQUATION MAROCAINE

L’Espagne occupe une place pivotale, à la fois stratégique et ambivalente, dans le grand jeu de l’hydrogène vert entre le Maroc et l’Europe. En raison de sa situation géographique, elle est à la fois la porte d’entrée physique obligatoire de l’énergie marocaine vers le continent européen et le premier concurrent direct du Royaume sur le marché de la production propre.

4.1 La porte d’entrée logistique et technique (Le corridor H2Med)

Pour que l’hydrogène marocain atteigne les grands centres industriels d’Europe du Nord (Allemagne, France), il doit transiter par la péninsule Ibérique. L’Espagne est donc un partenaire de transit indispensable :

• La reconversion du gazoduc Maghreb-Europe (GME) : Le Maroc et l’Espagne étudient la faisabilité technique de la reconversion de ce pipeline historique. L’objectif est d’y injecter de l’hydrogène vert marocain sous forme gazeuse pour l’acheminer directement vers le réseau espagnol.
• L’interconnexion avec l’Europe du Nord : L’Espagne pilote, avec la France et le Portugal, le mégaprojet de pipeline sous-marin H2Med (Barcelone-Marseille). Le Maroc a un intérêt vital à ce que ce réseau européen se concrétise, car il permettra de connecter le réseau de pipelines marocain directement au cœur industriel de l’Europe.

4.2 Une concurrence industrielle frontale

Si l’Espagne est un partenaire logistique, elle est aussi le rival le plus redoutable du Maroc sur le plan économique :

• La course aux prix bas : L’Espagne dispose elle aussi d’un ensoleillement exceptionnel et d’un immense potentiel renouvelable. Elle ambitionne de devenir le premier producteur d’hydrogène vert de l’Union européenne et de saturer le marché allemand avant l’arrivée des importations nord-africaines.
• L’avantage du marché intérieur européen : Contrairement au Maroc, l’Espagne est membre de l’UE. Ses projets bénéficient automatiquement des subventions massives de Bruxelles, et sa production est d’office conforme aux critères d‘« additionnalité » et d’homologation de la directive RED III, sans barrière douanière ni risque de taxe carbone aux frontières (MACF).

4.3 La stratégie d’alliance et de co-investissement des entreprises espagnoles

Pour dépasser cette rivalité, la réalité du terrain se traduit par des alliances industrielles majeures :

• Les géants espagnols investissent au Maroc : De grandes entreprises énergétiques espagnoles (comme Cepsa ou Iberdrola) ont compris que le coût de production de l’électricité renouvelable dans les provinces du Sud marocain reste structurellement plus bas qu’en Espagne. Elles intègrent donc massivement les consortiums de l‘« Offre Maroc » pour produire au Maroc et réimporter les molécules vertes vers leurs propres hubs de raffinage en Andalousie.
• Le hub de la chimie verte : L’Espagne développe de grands ports de réception (comme le port d’Algésiras ou de Huelva). Ces ports espagnols se préparent à devenir les centres de traitement de l’ammoniac vert et du méthanol importés par navires depuis les ports marocains de Tanger Med ou de Nador West Med.

V- RELATION MAROC – ESPAGNE ?

L’Espagne applique une stratégie à double détente. D’un côté, elle protège ses propres producteurs nationaux en poussant pour des critères d’homologation européens stricts. De l’autre, elle a besoin du Maroc pour alimenter ses futures infrastructures de transit (H2Med) et pour offrir à ses multinationales un terrain de production hautement compétitif. Pour le Maroc, l’Espagne est un concurrent inévitable qu’il faut transformer en client et en transporteur. Néanmoins pour l’Espagne, le Maroc ne représente plus seulement un voisin d’Afrique du Nord gérant des questions de sécurité ou de flux migratoires. Dans le contexte de la transition énergétique, le Maroc représente pour l’Espagne un allié stratégique indispensable, un débouché d’investissement majeur, mais aussi un sérieux aiguillon compétitif. L’analyse de la perception espagnole vis-à-vis du potentiel marocain met en évidence quatre dimensions clés :

5.1 Un gisement de compétitivité pour les entreprises espagnoles

L’Espagne a compris que le Maroc dispose de conditions naturelles (ensoleillement et espace foncier disponible) qui lui permettent de produire une électricité verte 15 à 20 % moins chère que sur le sol européen. Pour des géants espagnols de l’énergie et des infrastructures comme Acciona ou Moeve (ex-Cepsa), le Maroc est une terre d’opportunités massives. Ces entreprises y voient un moyen de diversifier leurs actifs et de produire des molécules propres à des coûts imbattables pour rester compétitives à l’échelle mondiale.

5.2 Le maillon fort de la logistique andalouse

Pour le sud de l’Espagne, et plus particulièrement la région de l’Andalousie, le Maroc représente le partenaire naturel d’une future chaîne de valeur euro-méditerranéenne. Des alliances stratégiques se structurent entre l’Andalusia Hydrogen Cluster et le Cluster Green H2 Maroc. L’Espagne n’envisage pas seulement le Maroc comme un exportateur de matière brute, mais comme un partenaire industriel. Les ports andalous (comme Huelva ou Algésiras) comptent sur les flux de dérivés d’hydrogène marocains (ammoniac vert, méthanol) pour alimenter leurs propres industries de transformation et d’exportation vers le nord de l’Europe.

5.3 Le garant de la viabilité des grands corridors européens (H2Med)

L’Espagne aspire à devenir le grand hub énergétique du sud de l’Europe grâce au projet de pipeline sous-marin H2Med connecté à la France et à l’Allemagne. Cependant, pour rentabiliser et légitimer une telle infrastructure européenne, l’Espagne a besoin de volumes massifs. Là, le Maroc représente le réservoir de volume qui viendra consolider ce réseau. La possibilité de reconvertir le gazoduc Maghreb-Europe pour injecter de l’hydrogène marocain directement dans le réseau espagnol transforme le Maroc en un pilier de la viabilité économique du corridor H2Med !

5.4 Un concurrent redouté mais stimulant

Certains secteurs espagnols observent la montée en puissance de l‘« Offre Maroc » avec une certaine vigilance. Les médias économiques ibériques, comme le journal La Razón, soulignent régulièrement que le Maroc pourrait dépasser la production d’hydrogène vert de l’Espagne d’ici 2050 et couvrir à lui seul jusqu’à 5 % des besoins de l’Union européenne.

5.5 VERS UNE « UNITE D’ACTION »

Le Maroc et l’Espagne ne jouent pas un jeu à somme nulle. Pour Madrid, le Maroc représente le partenaire idéal pour former un bloc énergétique commun face à la concurrence. La complémentarité est évidente : le Maroc apporte la compétitivité de la molécule brute et le foncier ; l’Espagne apporte sa technicité, son ingénierie et son accès privilégié au marché unique européen.

VI- L’OFFRE HYDROGENE MAROC : FER DE LANCE DE LA CO-EMERGENCE AFRICAINE

L’Afrique occupe une place centrale et identitaire dans l’équation marocaine de l’hydrogène vert. Pour le Royaume, cette filière ne se limite pas à un simple corridor d’exportation vers l’Europe. Elle représente le fer de lance de la co-émergence africaine, un catalyseur pour l’intégration économique du continent et un modèle de transition écologique pour le Sud global. Dans la vision du Maroc, le continent africain s’intègre à travers quatre dimensions stratégiques majeures :

6.1 La concrétisation de la vision royale de la « Co-émergence »

Le positionnement du Maroc vis-à-vis de l’Afrique repose sur la doctrine formulée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, dès 2018 à Brazzaville : « la préservation de l’environnement est la base de la co-émergence de l’Afrique, le socle sur lequel sera bâtie la croissance économique inclusive du continent ».

À travers l’hydrogène vert, le Maroc peut prouver que l’Afrique peut cesser d’être un simple réservoir de matières premières brutes pour devenir un exportateur de technologies et de valeur ajoutée industrielle. Le Royaume ambitionne de servir de modèle et de locomotive pour d’autres nations africaines disposant d’un fort potentiel renouvelable.

6.2 Le cœur de la recherche et de la formation continentale

Pour éviter que l’Afrique ne dépende techniquement des puissances du Nord, le Maroc a choisi de localiser le savoir-faire sur son sol et de le partager avec le continent :

• Un Hub de R&D panafricain : La plateforme de recherche et de test « GreenH2A » (Green Hydrogen & Applications Park) et le pôle de recherche de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) ont pour mission explicite de devenir des références nationales, régionales et continentales.
• La formation du capital humain : À travers le Cluster Maroc Hydrogène, le Royaume ouvre ses programmes de formation aux ingénieurs, chercheurs et techniciens de tout le continent. L’objectif est de qualifier un capital humain africain capable de piloter les futurs mégaprojets énergétiques du continent.

6.3 La sécurité alimentaire et l’indépendance agricole de l’Afrique

L’impact le plus direct de la stratégie marocaine en Afrique se joue dans le secteur des engrais, via l’action du Groupe OCP :

• La révolution de l’ammoniac vert : En remplaçant l’ammoniac fossile importé par de l’ammoniac vert produit localement, le Maroc sécurise à long terme la fabrication de ses engrais.
• Souveraineté alimentaire continentale : Le Groupe OCP étant le principal fournisseur d’engrais adaptés aux sols africains, cette transition vers la chimie verte dérisquel’agriculture de tout le continent face aux crises géopolitiques mondiales et à la volatilité des prix des énergies fossiles. C’est une garantie de résilience pour la sécurité alimentaire africaine.

Procédés industriels de l’hydrogène, combustibles et exemples d’applications

6.4 L’intégration logistique à travers le gazoduc Nigeria-Maroc

L‘Afrique de l’Ouest et le Maroc partagent un projet géostratégique majeur qui croise la route de l’hydrogène vert :

• Le corridor atlantique : Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, qui traverse 13 pays africains, est conçu dès l’origine pour être compatible avec le transport des molécules propres.
• L’effet d’entraînement : À terme, cette infrastructure permettra non seulement d’acheminer le gaz, mais aussi d’intégrer les productions d’hydrogène vert des pays d’Afrique de l’Ouest (comme les grands projets en développement en Mauritanie), créant ainsi un véritable marché énergétique interconnecté à l’échelle du continent, interconnecté à l’Europe.

EN SYNTHESE : L’AFRIQUE COMME SOLUTION GLOBALE

Pour l’Afrique, l’hydrogène vert marocain démontre que le continent Afrique n’est pas seulement une victime du réchauffement climatique, mais qu’il détient les solutions clés pour la décarbonation mondiale.

Loin de toute frénésie, Le Royaume du Maroc se positionne comme le trait d’union politique, technologique et logistique qui permet à l’Afrique de s’insérer avec force, souveraineté et dignité dans la nouvelle géopolitique mondiale de l’énergie décarbonée ; et tout cela grâce à la vision éclairée et au labeur de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste !

« Notre engagement dans la voie du développement d’un modèle énergétique efficient et décarbonisé au bénéfice du bien-être et de la prospérité de nos citoyens s’appuie prioritairement sur la montée en puissance des énergies renouvelables et le renforcement de l’efficacité énergétique ». [Extrait du discours de Sa Majesté Le Roi Mohammed VI à l’occasion de l’acceptation du Prix du Visionnaire en Efficacité Energétique en mai 2017].

Mohamed Et-tobi

          

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