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Royaume du Maroc – Horizon 2050
Comment le Maroc structure sa sécurité hydrique face au débat & inquiétude sur la vulnérabilité
Mohamed Et-tobi
Au Maroc, la politique de l’eau est élevée au rang de priorité stratégique nationale et de souveraineté nationale. Les orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, guident l’ensemble des plans d’aménagement et de gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) du Royaume.
La vision royale s’est structurée à travers deux discours majeurs et complémentaires qui font office de feuille de route pour le gouvernement, les agences de bassins (ABH) et les acteurs locaux.
Lors de son Discours d’ouverture du Parlement du 14 octobre 2022, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste,a appelé à une rupture radicale avec les mauvaises pratiques de gestion de la ressource face à un stress hydrique devenu structurel.
« Nous appelons donc à un traitement diligent de la problématique de l’eau, dans toutes ses dimensions, et notamment à une rupture avec toutes les formes de gaspillage ou d’utilisation irresponsable et anarchique de cette ressource vitale. »
» [Extrait du discours royal de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l’occasion de l‘ouverture du Parlement du 14 octobre 2022].
À l’occasion du 25ème anniversaire de la Fête du Trône (29 juillet 2024), Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, a souligné la nécessité de solutions innovantes face à la sécheresse persistante.
« Les défis auxquels est confronté notre pays nous commandent de redoubler d’efforts et de vigilance, de concevoir des solutions innovantes, de subordonner les modèles de gestion aux règles de bonne gouvernance. » [Extrait du discours royal de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à la Nation, à l’occasion du 25ème anniversaire de l’accession du Souverain au trône de ses glorieux ancêtres du 29 juillet 2024].
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste,appelle à connecter les bassins pour acheminer l’eau excédentaire vers les zones déficitaires :
« Nous appelons à accélérer la réalisation des grands projets de transfert d’eau entre les bassins hydrauliques… ».
[Extrait du discours royal de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à la Nation, à l’occasion du 25ème anniversaire de l’accession du Souverain au trône de ses glorieux ancêtres du 29 juillet 2024].
Ainsi, la réflexion du jour sur l’eau au Maroc ne peut plus faire l’économie d’une analyse sectorielle et géographique des grands chantiers nationaux. Le débat sur la vulnérabilité hydrique du Maroc fait régulièrement l’objet d’analyses alarmistes, souvent nourries par la baisse historique de la dotation naturelle par habitant, passée de 2 560 m³/an en 1960 à 620 m³ en 2020.
Et pourtant, l’examen des chantiers d’infrastructure et des orientations du Plan National de l’Eau (PNE 2020-2050) dessine une réalité différente !
À travers un investissement global de plusieurs dizaines de milliards de dollars, le Royaume met en œuvre une stratégie de déconnexion climatique combinant dessalement de l’eau de mer, interconnexions de bassins et recyclage des eaux usées. À l’horizon 2050, ces projets structurent une réponse technique globale capable de stabiliser durablement l’approvisionnement du pays.
Repères techniques : Les chiffres clés des grandes infrastructures
Infrastructure / Programme | Capacité Cible / Volume Transféré | Statut et Horizon | Impact Territorial |
Programme National de Dessalement | 1,8 milliard de m³ / an | Objectif global 2031 | Couverture de près de 60 % des besoins nationaux en eau potable. |
Méga-station de Casablanca-Settat | 300 millions de m³ / an | Phase 1 (200 M m³) : 2026-2027 | Sécurisation de l’axe Casablanca-Settat-Berrechid. Alimentée par un parc éolien de 360 MW. |
Station de Dakhla (Bir Anzarane) | 37 millions de m³ / an | Finalisation à 97 % | 30 millions de m³ pour l’irrigation (5 000 ha) ; 7 millions de m³ pour l’eau potable. Parc éolien dédié (60 MW). |
Pipeline OCP Jorf Lasfar – Khouribga | 80 millions de m³ / an | Opérationnel (Tracé de >200 km) | Acheminement direct de l’eau dessalée côtière vers les mines et la ville de Khouribga. |
Conduite de transfert Safi – Marrakech | 100 millions de m³ / an | Opérationnel (Tracé de 182 km) | Transfert de la ressource dessalée côtière au profit du bassin urbain de Marrakech. |
Autoroute de l’eau (Tranche 1 : Sebou-Bouregreg) | 400 millions de m³ par an | Opérationnel (Débit maximal : 1,2 M m³/jour) | Sécurisation de l’eau potable de l’axe Rabat-Casablanca. Plus de 950 millions de m³ déjà transférés. |
Autoroute de l’eau (Tranche 2 : Sebou-Oum Er-Rbia) | 1,2 milliard de m³ par an | En cours de développement (Tracé de ~300 km) | Alimentation du barrage Al Massira pour préserver les périmètres irrigués de l’intérieur (Doukkala, Tadla, Abda). |
Programme REUT (Eaux Usées Traitées) | >200 millions de m³ / an | Objectif de recyclage de 30 % à l’horizon 2050 | Traitements tertiaires avancés (UV/ultrafiltration) exclusifs pour les golfs, espaces verts et besoins industriels. |
Le dessalement de l’eau de mer : Le basculement vers les ressources neuves
Le premier pilier de cette transition repose sur la création de ressources hydriques non conventionnelles. L’objectif inscrit dans les orientations de la Loi de Finances est d’atteindre une capacité de production de 1,8 milliard de m³ d’ici 2031, un volume calibré pour couvrir à terme près de 60 % des besoins nationaux en eau potable.
Ce programme ne se limite plus aux seules zones côtières. Si des projets majeurs comme la station de Casablanca (300 millions de m³ à terme) ou celle de Dakhla (37 millions de m³, finalisée à 97 %) sécurisent les agglomérations et les périmètres agricoles littoraux, l’infrastructure s’étend désormais vers l’intérieur des terres. À travers les réseaux de transfert développés par des opérateurs comme OCP Green Water, l’eau dessalée est injectée directement dans les centres urbains et industriels continentaux. C’est le cas de l’axe Safi-Marrakech (100 millions de m³/an transférés) et du pipeline Jorf Lasfar-Khouribga (80 millions de m³/an), qui affranchissent les grands pôles de l’arrière-pays de la dépendance des pluies.
Les autoroutes de l’eau : La solidarité constitutionnelle des Régions
Le deuxième pilier résout la question de l’inégale répartition géographique des ressources naturelles entre le Nord et le Centre du pays. Les projets d’interconnexions, qualifiés d’autoroutes de l’eau, organisent un transfert massif des volumes excédentaires vers les zones déficitaires.
La première tranche reliant le bassin du Sebou au Bouregreg est opérationnelle et transfère jusqu’à 400 millions de m³ par an, sécurisant l’eau potable de l’axe Rabat-Casablanca. La seconde phase en préparation vise à connecter le Sebou au bassin de l’Oum Er-Rbia pour acheminer, à terme, jusqu’à 1,2 milliard de m³ par an vers le barrage Al Massira. Ce dispositif technique permet de réallouer les ressources hydriques à l’échelle macro-nationale : le dessalement prend en charge la consommation des métropoles côtières, ce qui permet de libérer et de transférer les eaux de surface pour préserver les grands périmètres agricoles de l’intérieur (Doukkala, Tadla, Abda).
La REUT et l’économie circulaire : Le recyclage industriel et urbain
Le troisième volet de la stratégie concerne les Eaux Usées Traitées (REUT). L’objectif du PNE à l’horizon 2050 est de recycler plus de 30 % des rejets urbains après des traitements tertiaires de pointe (ultrafiltration, ultraviolets).
Cette ressource, estimée à plus de 200 millions de m³ par an, fait l’objet d’une sectorisation stricte. Elle est prioritairement orientée vers l’arrosage des espaces verts urbains, des infrastructures touristiques (notamment la totalité des parcours de golf du pays) et les besoins des complexes industriels et miniers. Ce recyclage systématique permet de supprimer les prélèvements d’eau potable ou d’eau de barrage pour les usages de confort ou de processus industriels, optimisant ainsi le rendement de chaque mètre cube disponible.
Analyse sectorielle : La confrontation aux seuils de l’ONU
Pour mesurer la portée réelle de ce plan, il convient de confronter ces volumes aux seuils de sécurité hydrique de l’ONU, qui fixe la pénurie absolue en dessous de 500 m³/habitant/an. Sans l’apport des ressources non conventionnelles, la dotation naturelle résiduelle du pays glissait vers un niveau critique de 480 m³/hab/an à l’horizon 2030. La sectorisation et la réallocation des flux modifient radicalement cette donne :
Analyse sectorielle révisée & mises à jour stratégiques (ambitions 2030)
Face au stress hydrique structurel et à la baisse historique de la dotation naturelle par habitant au Maroc, le Plan National de l’Eau (PNE 2020-2050) et le rehaussement des ambitions à l’horizon 2030 déploient une stratégie globale de déconnexion climatique. Avec un objectif réévalué de capacité totale de 2,3 milliards de m³/an pour les ressources non conventionnelles et les méga-transferts, les équations de dotation par habitant se trouvent profondément restructurées.
1. Le pôle urbain et industriel côtier (≈18 millions d’habitants)
En portant le Programme National de Dessalement à un niveau supérieur pour sécuriser l’axe littoral face à l’effondrement des eaux de surface, l’apport des ressources non conventionnelles est massivement réévalué. La capacité cible de dessalement allouée à l’eau potable et à l’industrie côtière atteint désormais 1,38 milliard de m³, auxquels s’ajoutent 140 millions de m³ issus du recyclage des eaux usées traitées (REUT) urbaines et industrielles.
Apport urbain non conventionnel = (1 380 000 000 m³ + 140 000 000 m³) / 18 000 000 habitants ≈ 84,44 m³/hab/an
Cette ressource technologique vient s’ajouter intégralement à la dotation naturelle résiduelle de base (estimée par l’ONU à un niveau critique de 480 m³/hab/an en cas de sécheresse prolongée).
Disponibilité totale littoral = 480 m³ (naturel) + 84,44 m³ (technologique)
= 564,44 m³/hab/an
Grâce à cette déconnexion climatique, les citoyens et les industries de la frange côtière s’affranchissent définitivement du stress hydrique extrême. En atteignant 564,44 m³/hab/an, le pôle côtier franchit à la hausse le seuil de pénurie absolue de l’ONU (500 m³), garantissant une sécurité d’approvisionnement continue et pérenne.
2. Les territoires de l’intérieur et l’arrière-pays (≈21 millions d’habitants)
Le fait que le pôle côtier bascule exclusivement sur l’eau de mer dessalée génère un effet de levier immédiat pour l’arrière-pays. Les grands barrages continentaux sont totalement libérés de la consommation des métropoles littorales, ce qui restitue un gain direct d’environ 350 millions de m³/an pour les régions intérieures.
En y consolidant l’accélération de la tranche 2 des autoroutes de l’eau, le volume total réalloué vers l’intérieur par le mécanisme de solidarité nationale s’élève désormais à 1,55 milliard de m³/an. L’apport net par habitant se structure ainsi :
Apport par habitant intérieur = 1 550 000 000 m³ / 21 000 000 habitants
≈ 73,81 m³/hab/an
En consolidant ce transfert massif avec la dotation naturelle de base résiduelle, la disponibilité globale pour l’intérieur du pays remonte de manière spectaculaire :
Disponibilité totale intérieur = 480 m³ + 73,81 m³ = 553,81 m³/hab/an
Grâce à cette réallocation stratégique des flux macro-nationaux, l’arrière-pays et ses plaines agricoles clés (Doukkala, Tadla, Abda) s’éloignent durablement de la zone de détresse hydrique. En s’établissant solidement à 553,81 m³/hab/an, les territoires continentaux dépassent eux aussi le seuil critique de l’ONU, protégeant à la fois la sécurité d’eau potable des populations rurales et la souveraineté alimentaire du Royaume.
Une sécurité d’ingénierie pour les décennies à venir
À l’horizon 2050, la convergence de ces trois programmes modifie profondément l’équation hydrique du Maroc. En dissociant la production d’eau des cycles de sécheresse grâce au dessalement et en organisant la flexibilité des volumes par les autoroutes de l’eau, le pays substitue une sécurité d’ingénierie à l’aléa climatique.
Cette réalité s’inscrit en parfaite droite ligne avec la Vision et les Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assite, qui appelle sans cesse à une gestion rigoureuse, innovante et décloisonnée de nos ressources hydriques, en rompant définitivement avec l’attentisme et le gaspillage.
Relever le défi de la sécurité de l’eau au Maroc exige avant tout une synergie collective, une rigueur scientifique et une sincérité profonde dans l’action de chaque acteur. C’est dans cet esprit de responsabilité partagée et de dévouement envers l’intérêt général que s’énonce la promesse de la réussite.
Lors de l’ouverture de la première session de la 5ème année législative de la 9ème législature, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, avait insisté sur la responsabilité des élus et le refus des compromis personnels au détriment de l’intérêt général. Le discours royal a été sanctionné par cette citation et verset :
فكونوا، رعاكم الله، في مستوى الأمانة الملقاة على عاتقكم، لما فيهخير وطننا العزيز.
« إن يعلم الله في قلوبكم خيرا يوتيكم خيرا« . صدق الله العظيم
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