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Une nuit, j’ai fait un rêve étrange… si intense, si lumineux, que j’aurais voulu m’y perdre à jamais, sans jamais rouvrir les yeux.
J’ai vu le Maroc tel que nous le portons tous au fond du cœur : un pays où la réussite ne se mesure pas seulement à la hauteur des fortunes, mais à la profondeur des élans de générosité, à la puissance du partage, à la trace laissée dans la vie des autres.
Dans ce rêve, les grands entrepreneurs, les investisseurs et les plus grandes fortunes du Royaume se sont levés ensemble. Non pas pour défendre leurs privilèges, mais comme mus par une même urgence intérieure, pour s’adresser à la Nation :
« Le Maroc nous a tant donné… Il est temps, à notre tour, de lui rendre ce qu’il nous a offert. »
Personne ne les y avait forcés. Aucune loi, aucune pression. Seulement une évidence qui s’imposait à eux, brûlante, irrépressible : celle de la responsabilité, de l’amour profond pour leur pays, et d’un patriotisme devenu action.
Ils expliquaient, avec une clarté presque bouleversante, qu’une fraction infime de leurs richesses pouvait renverser des destins entiers : faire surgir des écoles au cœur des villages oubliés, redonner souffle à des hôpitaux fatigués, propulser la recherche scientifique, faire jaillir l’eau dans les terres assoiffées, et ouvrir des horizons là où ne régnaient autrefois que le silence et l’attente.
J’ai vu des chefs d’entreprise entrer dans une autre forme de compétition — une compétition de lumière. Ils ne se mesuraient plus à leurs villas, à leurs voitures étincelantes ou à leurs comptes débordants, mais au nombre d’écoles sorties de terre, de centres de santé équipés, de bourses offertes à des jeunes brillants, d’emplois créés comme on allume des flammes dans l’obscurité.
Et j’ai vu les citoyens les regarder autrement. Non plus avec distance ou fascination, mais avec une admiration profonde, presque émue. Parce qu’ils comprenaient enfin que la vraie richesse ne s’accumule pas : elle se transmet, elle se donne, elle élève.
Dans mon rêve, une question revenait, insistante, presque mécanique :
« Combien possède cet homme ? »
Puis, lentement, cette question s’est effacée, comme emportée par le vent… pour laisser place à une autre, plus lourde de sens, plus essentielle :
« Qu’a-t-il apporté au Maroc ? »
Et j’ai vu le pays changer de visage. Se redresser. S’unir. Non seulement porté par ses ressources, mais surtout par une force invisible et puissante : la solidarité, devenue lien vivant entre toutes ses composantes.
Puis je me suis réveillé…
Et le silence du matin m’a rappelé une vérité simple : tout cela n’était qu’un rêve.
Mais un rêve n’est jamais vide. Il est une semence. Et j’ai compris que chaque grande transformation commence par une idée, que chaque idée naît d’un rêve, et que chaque rêve peut devenir réel lorsque des femmes et des hommes décident de lui donner vie.
Alors je continue de rêver…
Je rêve du jour où la réussite ne se mesurera plus seulement en fortunes bâties, mais en empreintes laissées dans le cœur et l’histoire d’un pays.
Je rêve du jour où les femmes et les hommes les plus fortunés du Maroc choisiront, librement, avec fierté et conscience, de devenir les architectes d’un développement plus juste, plus humain, plus durable.
Car un pays ne s’élève vraiment que lorsque ceux qui ont reçu le plus comprennent que leur véritable grandeur ne réside pas dans ce qu’ils possèdent… mais dans ce qu’ils décident, un jour, d’offrir à la terre qui les a vus grandir.
Puis je me suis réveillé…
Je me suis approché de la fenêtre.
J’ai regardé dehors.
Les chiens erraient toujours dans les rues. Les mendiants continuaient à parcourir mon quartier. Les enfants des rues, livrés à eux-mêmes, formaient de petits groupes cherchant de quoi survivre. Les trottoirs étaient toujours encombrés de déchets. Les murs, fatigués et dégradés, racontaient l’abandon. La pollution assombrissait encore le paysage, et mon quartier semblait attendre, en silence, des jours meilleurs.
Je me suis alors dit que tout cela n’avait été qu’un rêve.
Au même instant, une notification est apparue sur mon téléphone.
Un grand journal annonçait que 120 millionnaires britanniques demandaient à leur gouvernement d’augmenter l’impôt sur les grandes fortunes afin que cette richesse profite davantage aux plus démunis de la société britannique.
Je suis resté quelques instants sans voix.
Mon rêve… ne s’était pas réalisé au Maroc.
Il s’était réalisé en Angleterre.
J’ai alors souri.
Peut-être que cette nuit-là, sans m’en rendre compte, j’avais rêvé… en anglais.
La prochaine fois, je rêverai en darija.
Avec un peu de chance, au réveil, je lirai qu’au Maroc aussi, les femmes et les hommes qui ont le plus reçu auront choisi, de leur propre initiative, de donner davantage à la terre qui leur a permis de réussir.
Car les plus beaux rêves sont ceux qui finissent par devenir des décisions… puis des réalités
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